Vasconia Origine des Basques origines de l'homme
                                                                                          La longue marche des Basques                                                 
                                                                                                     Un parcours linguistique original

     Comme le savent les gens férus des choses du passé, la période historique du monde occidental ne remonte pas bien au delà d'Hérodote et nous avons, à partir de là, de précieux renseignements. A partir de Strabon, la documentation nous permet d'établir une histoire assez établie de la vie des ancêtres de ses populations.
    Remonter à une période antérieure suppose l'adoption d'autres méthodes, aussi rigoureuses mais plus déductives, pour examiner ce qu'on trouve ou le pourquoi de ce qu'on ne trouve pas. Pour avancer sur ce chemin nous avons l'aide des restes matériels laissés par ces populations, nos connaissances sur leurs us et coutumes, croyances et organisation sociale, ainsi que nos propres façons de faire et usages, actuels ou contemporains, tout autour de la planète.  En restant prudent, connaître l'issue peut aider à trouver le début de l'itinéraire de sortie d'un labyrinthe. 
    Connaître mieux que les pionniers ayant débroussaillé cette question le paléoclimat et ce qu'il a induit, aussi bien dans la flore que dans la faune, permet aussi de mieux y répondre si nous arrivons à garder les qualités qui leur ont permis de le faire: une bonne observation, une vue d'ensemble, le refus de rejeter des idées audacieuses pour son époque ainsi qu'une méfiance envers les idées portées par sa propre culture ou, ce qui est moins flatteur, ses propres visées. Ce dernier point n'a pas toujours été la préoccupation majeure de quelques uns de leurs successeurs en la matière.
    Il existe de larges zones ou les langues sont rattachées à une même racine linguistique et pour lesquelles une arborescence peut être facilement établie. Pour d'autres zones nous avons une grande diversité de langues mais les liens entre ces idiomes sont difficiles à établir, voire inexistants. Il existe cependant des isolats linguistiques qui ne manquent pas de poser la question de leur origine et de leur formation.
    L'étude génétique des populations humaines montre des cartes d'haplogroupes induisant l'idée de déplacements de groupes de populations. On peut dater avec une certaine précision l'apparition de mutations génétiques sur ces cartes mais c'est une image de la population actuelle.

    L'étude des origines des Basques semblerait être une bonne entrée pour traiter à la fois leur particularité et élargir ou étayer des idées plus générales sur les migrations humaines au cours des temps ou apporter des éléments de réflexion pour la linguistique.
   Charles Videgain, professeur à l'université de Pau dans son article : "La langue basque ou euskara : incertitudes et faits avérés" pose fort clairement l'état de la question et ce qui demande encore des recherches.


Certaines hypothèses ont été rejetées la plupart du temps:

Celles admettant une relation indo-européenne, ou autre, de la langue basque.

    Si, dans une boutade, nous affirmons qu'Adam était basque, le fait que cette langue soit un isolat linguistique ne pose aucun problème si nous considérons que la plage de Donostia est le lieu de sa création, mais si; comme le montrent toutes les recherches actuelles, l'origine de l'homme est africaine, alors les Basques sont venus d'Afrique. Le tout est de savoir quand et par où! Si nous prenons en compte les travaux de M. Michel Morvan on trouve les traces d'un "substrat langagier" s'étendant de la zone occupée par les Étrusques à celle des Ibères et passant par le sud de la France, la Corse et la Sardaigne et ayant des points communs avec l'euskara . Ceci ne contredit pas la thèse des "refuges glaciaires" paléolithiques", mais ne relie pas pour autant les Basques à l'Afrique. Il n'est pas étonnant, alors qu'il se soit intéressé à d'autres isolats comme, entre autres, le finnois, les langues sibériennes ou le  japonais où il a trouvé encore de troublantesCarte de l'extension correspondances, trop nombreuses pour être casuelles. Les études génétiques sur les populations actuelles sembleraient coïncider aussi avec l'idée d'une migration sud-nord en Asie centrale au paléolithique, puis d'une dispersion sur l'espace européen et nord-asiatique; accréditant la thèse d'une origine commune de populations parlant ces langues, thèse datant de...1855. Longtemps rejetée elle semble revenir sur le devant de la scène  en s'appuyant sur les travaux de Josef Karst et de Nicolas Marr, sous l'impulsion  de l'université d'Erévan et de  Vahan Sarkisian en particulier, dans une forme  un peu différente puisqu'elle implique l'arrivée de deux groupes, à la même époque, pour occuper l'ensemble de l'espace climatiquement habitable d'Europe et d'Asie du nord, l'un passant par l'ouest et l'autre par l'est de la Caspienne.  Cette nuance peut être importante pour un classement linguistique mais ne change pas l'essentiel.
    Cette thèse, compte tenu de l'époque de cette origine, pose le problème du  mode de vie et du degré de développement de ses hommes. Si nous prenons en considération les représentations pariétales, ces groupes humains côtoyaient des rennes, mais ils ne pouvaient le faire qu'avec un outillage leur permettant de travailler les peaux pour se vêtir, se chausser et endurer les rigueurs du climat. Les perçoirs fins et les aiguilles sont nécessaires pour les coudre solidement, avec des ligaments travaillés, comme le font encore certains peuples sibériens et finlandais. Même en écartant les démonstrations linguistiques de Théo Vennemann, on peut penser, qu'à cette époque, l'ensemble du territoire européen était (peu) peuplé par un ensemble de groupes-hordes issus d'un groupe commun et parlant donc des langages proches les uns des autres ayant des caractéristiques finno-basco-sibériennes. Pour qui a vu les films rapportés par Paul-Émile Victor montrant les Esquimaux et leurs kayaks leur permettant de chasser les phoques et se déplacer en bordure de banquise, vivant sur celle-ci de façon permanente, la présence de faciès de type solutréens sur la façade atlantique de l'Amérique devient moins étonnant. Meadowcroft et la culture Clovis n'ont  pas manqué de poser le questionnement de la migration qui a permis ces fabrications.
Si nos finno-basques étaient capables d'aller au Groenland, en Islande et au delà, pourquoi se seraient ils privés de chasser dans une zone verdoyante plus méridionale ou vivaient éléphants, girafes et bovidés sauvages séparée, à l'époque où la grotte Cosquer était habitée, par un étroit bras de mer, jalonné d'îles?
Leur culture n'avait elle pas marqué la Corse et la Sardaigne? Le détroit de Gibraltar ne constituait pas, pour eux, un obstacle bien difficile à franchir.
    Mais alors il ne faut plus poser la question: "Les Basques sont ils d'origine berbère?" mais celle-ci: "Les Berbères sont ils d'origine ibère?", car il est bien évident que ce n'était pas l' "euskara batua" que parlaient ces hommes, et qu'il serait bien hasardeux de dire qu'ils parlaient "basque", au moment de leur traversée. L'examen des haplogroupes est loin de le démentir, et les peintures rupestres du Sahara montrent des humains de type europoïde, ainsi que de type "Peul" et de têtes rondes.

     Hérodote nous indique ( livreIV):
CLXXXIX. Les Grecs ont emprunté des Libyennes l'habillement et l'égide des statues de Minerve, excepté que l'habit des Lybiennes est de peau, et que les franges de leurs égides ne sont pas des serpents, mais des bandes minces de cuir : le reste de l'habillement est le même. Le nom de ce vêtement prouve que l'habit des statues de Minerve vient de Libye. Les femmes de ce pays portent en effet, par- dessus leurs habits, des peaux de chèvres sans poil, garnies de franges et teintes en rouge. Les Grecs ont pris leurs égides de ces vêtements de peaux de chèvres. Je crois aussi que les cris perçants qu'on entend dans les temples de cette déesse tirent leur origine de ce pays.
     La maîtrise du travail des peaux n'est pas impossible pour les populations vivant dans une zone chaude, mais elle est indispensable aux populations vivant dans des zones froides et enneigées. Il faut pouvoir les couper et les coudre et donc avoir le perçoir et l'aiguille dans son outillage.
CXC. ...( les Nasamons),..., Leurs logements sont portatifs, et faits d'asphodèles entrelacés avec des joncs.
    Ce qui fait fortement penser aux armatures de kayaks sous lesquels peuvent s'abriter les Esquimaux.

     Ces groupes ont peut être cohabité. Ils ont pu aussi occuper le même territoire à des époques successives.
     L'avancement de nos connaissances, à l'heure actuelle, ne permet que des suppositions.



Celles admettant une relation, au cours de l'histoire, des Basques actuels avec le continent africain. 

     Le plomb de Ullastret, qui daterait de la fin du IVe s. av JC, montre des signes runiques Plomb Ullastretceltes et des signes tifinagh. D'où peut provenir ce mélange? Cette écriture, alphabétique, semble indiquer un croisement culturel: l'outil de transcription est métis, et montre la connaissance de deux codes. Ce qui est intéressant, ici, c'est la datation du plomb, antérieure aux guerres puniques. Si la fuite des Berbères de l'armée d'Hannibal, lorsqu'ils surent qu'ils devaient attaquer Rome, n'est pas à rejeter à priori, elle ne peut pas constituer un acte fondateur pour l'introduction de l'euskara en Ibérie. Sa présence y est donc antérieure, et les soldats parlant l'amazigh ou le chleuh trouvèrent sans doute cette langue assez familière, sinon compréhensible. Était ce une ou plusieurs langues? ( On peut penser à Shakespeare, incapable de se faire comprendre par une fermière à qui il demandait des oeufs, dans un village...anglais.) On peut imaginer un substrat commun et une multiplicité de dialectes et de patois, ce qui n'est pas fait pour déstabiliser des Berbères, à en croire Charles de Foucault qui fait remarquer malicieusement que chaque tamahaq adapte la langue... à son savoir! 
     Avant l'arrivée des Romains, les Vascons semblaient occuper une zone bien plus étendue vers le sud, que leur habitat actuel, puisqu'elle comprenait La Rioja, et s'étendait, au nord du bassin de l'Èbre, d'Irun à Alauona, près de Saragosse, mais sans la Vizcaye ni le Guipuzcoa, occupés par les Caristes et les Vardules, les Berons étant leurs voisins du sud-ouest.
     Durant les guerres sertoriennes et civiles, de Sertorius à Agrippa, les Vascons vont s'allier aux Romains, (Ceci peut se comprendre au vu des coutumes basques telles que nous les connaissons, en vigueur encore au cours du... XIXème s.) cette alliance s'accompagnant de distribution de terres. Les Cantabres et les Astures, celtes, où nobles et rois ont plus de pouvoir, vont les affronter, au contraire. Ils seront exterminés, vendus comme esclaves ou dispersés, en 19 av. JC, contrairement aux Vascons, alliés des vainqueurs. Ceux-ci pourront dès lors s'installer et "vasconiser" les territoires Vasconsqu'ils occupent encore de nos jours, outre Pyrénées. Cela se fait il par un glissement de l'ensemble des populations de la zone vers l'espace "dégagé" à l'ouest? Caristes et Vardules, s'installant sur la partie orientale de l'ancien espace cantabre, auraient permis une expansion des Vascons vers l'actuel Guipuzcoa, laissant le champ libre aux "Berones", devenus...Vascons en 72 av.JC. pour s'installer dans le sud de leur ancien territoire. Ceux-ci auraient pu, mêlés aux Vascons, être désignés comme: na (n'/en/ ne)Berones, l'usage fixant l'ethnonyme en Naberrones puis Nabarrones et Navarrones, (n'/en/n'a-) étant la marque de  l'appartenance -génitif- placée au début ou à la fin du mot, en basque, en tamahaq et, probablement, en ibère.
     Les Vascons ayant le statut de "populi foederati", leurs "gentilitates" et leurs "gens" pourront garder, en plus de leur langue, leurs coutumes et leurs usages, tout en s'accommodant formellement à la "pax romana", ne s'opposant pas au passage par leur territoire de voies romaines (errepide – chemin de pierre-) ou à l'installation de symboliques petites garnisons (turris, castellum), restant, de fait, assez indépendants, voire totalement, dans la gestion des terres et des affaires villageoises.
     Il n'en reste pas moins que l'observation des cartes du Ier -IIème siècle et de l'actuelle permet de supposer un déplacement de population du sud vers le nord.
 
     Nous nous trouvons donc avec deux situations séparées par environ 3500 ans: la première est celle d'une zone méditerranéo-saharienne peuplée par des groupes humains parlant des langages protoibères, la seconde nous montre cette zone occupée par une multitude de peuples parlant des langues et ayant des cultures différentes. Nous essaierons de progresser en séparant cette période en deux parties, antérieure et postérieure des années voisines de 2300 av. JC.

D'autres hypothèses n'ont pas, ou peu, été prises en compte:

Celles sur des arrivées provenant d'un même groupe mais à des époques et des stades de développement différents.

    Les historiens, pendant cette période, indiquent l'arrivée et l'installation des "Celtes" dans le nord et l'ouest de la péninsule ibérique, ainsi qu'en Bretagne et dans les îles britanniques. Ces populations sont celles qui vont construire Stonehenge. Ils nous parlent aussi de l'arrivée de "Celtes" aux alentours de l'an 1000 av JC.
Il y a donc une difficulté lexicale sur le terme. Au XIXeme siècle, les premiers à s'être intéressés à cette question avaient donné à la première vague le nom de "Kymris", "Cimmériens", "Gurrimis", pointant une région d'origine commune, située en Asie occidentale, avec les "Galls", nom des peuples de la seconde vague, les Grecs et la bible (prise comme matériel historique) les mentionnant au nord de l'Euxin.
    Voici ce qu'en pensait Gobineau:
"On a pensé que ce nom de Gumiri, de Kymri, de Cimbre, pouvait indiquer une branche de la famille celtique, différente de celle des Galls, de même que dans les Celtes on ne savait pas reconnaître ces derniers. Mais il suffit de considérer combien les deux dénominations de Gall et de Kymri s'appliquent souvent aux mêmes tribus, aux mêmes peuplades, pour abandonner cette distinction. D'ailleurs, les deux mots ont le même sens ou à peu près : si Gall veut dire fort, Kymri signifie vaillant.
En réalité, il n'existe aucun motif de scinder les masses celtiques en deux fractions radicalement distinctes, mais on n'aurait pas moins tort de croire que toutes les branches de la famille aient été absolument semblables. Ces multitudes, accumulées des rives de la Baltique et de la mer du Nord  au détroit de Gibraltar, et de l'Irlande à la Russie, différaient notablement entre elles, suivant qu'elles s'étaient plus ou moins alliées ici aux Slaves, là aux Thraces et aux Illyriens, partout aux Finnois."

    La construction de Stonehenge suppose un certain temps Ibères et Celtesd'observation de la région, étant donné sa liaison avec l'astronomie nécessitant plusieurs générations. Sa datation la plus ancienne (le cursus) datant de -3500 correspond sans doute à l'arrivée de la première vague et c'est aussi la datation basse des dolmens de Septfonds. Cette vague est celle des gens leveurs de pierres, menhirs et dolmens, et constructeurs de tumulus. Elle coïncide avec l'humide post néolithique saharien ce qui montre un changement climatique qui a pu favoriser cette migration vers l'ouest ou la provoquer soit par la pression démographique de ce groupe soit par celle d'autres peuples venant de l'est. Ils construisent dans la péninsule des habitations rondes, souvent doublée d'une construction du même type pour garder le bétail, comme on en trouve en Galice. Ces populations semblent plus sédentaires que les précédentes. Animées de croyances puissantes, elles sont capables de se regrouper pour accomplir des travaux mégalithiques importants, ce qui demande pour le moins une organisation et une division sociale, certains charriant les pierres, d'autres disant comment les agencer, d'autres enfin dirigeant tout ce monde, car il fallait bien que ces bâtisseurs soient nourris par d'autres pendant leurs efforts. Ils marquent de leur empreinte tout le nord des monts cantabriques, y compris le pays basque actuel. Si l'on tient compte qu'on y a retrouvé certaines grottes, occupées plus anciennement qu'à cette période, scellées par des stalagmites et stalactites intactes, et ne contenant que des éléments ibères, on peut déduire qu'une partie de la population autochtone se soit retirée vers le sud à leur arrivée, la densité étant très faible sur le territoire. En tenant compte de la situation trois millénaires plus tard, on peut penser qu'une autre partie des Ibères soit restée et qu'elle se soit métissée génétique, linguistique et culturellement avec ces premiers "Celtes", s'indoeuropéennisant pendant les deux millénaires et demi qui les sépare au moins de l'arrivée de la seconde vague. Nous nommerons ces populations "Ibéroceltes" pour la suite, pouvant ainsi les distinguer des "Celtibères" à venir. Comme les Ibéroceltes, l'archer d'Amesbury n'utilise que le silex, mais l'habitat dispersé et l'importance de certains travaux

 qu'ils ont réalisé implique une organisation sociale permanente à deux niveaux, voire trois, lors de travaux très importants. Nous nous rapprochons, dans la partie nord et ouest de la péninsule de l'organisation sociale décrite par Karol Modzelewski dans son "Europe des Barbares".
A cette époque, la moitié sud et orientale de la péninsule ainsi que les ibères sahariens gardent leurs langages protoibères, leurs croyances différentes, au vu des rites funéraires et leur organisation sociale à un niveau permanent, de façon coutumière, et à deux niveaux dans des circonstances exceptionnelles.
Ces organisations sociales peuvent constituer un fil d'Ariane pour cette réflexion.


Celles montrant l'influence que le milieu traversé peut avoir sur un groupe humain, pendant un itinéraire.

    Un peu plus d'un siècle après cette époque, un groupe s'installe près de l'actuel Alicante et va fonder la civilisation connue comme celle de l'"Argar" vers -2300 av. JC.
     Miquel Tarradell dans "Historia de España I", de Tuñon de Lara, p.87, nous décrit cette civilisation dans la partie "Primeras culturas", laissant de côté la céramique campaniforme, marqueur géographiquement trop vaste pour être discriminant de façon précise dans la péninsule:  (traduction)
  " Observons deux faits [dans les peuplements de Los Millares et de Villanova de Sao Pedro]. Ici, le campaniforme apparaît formant part d'un rite sépulcral distinct du rite mégalithique: fosse simple et inhumation individuelle contre sépultures monumentales et rite d'enterrement multiple. Le même changement de rituel funéraire se présente entre le mégalithisme et la culture argarique ou celle du bronze valencien. Second facteur: certains éléments accompagnent de tels faits de l'Argar ou de ses zones d'influence comme la substitution de l'instrumental lithique par les armes en métal ou l'existence de bracelets d'archer.                                                   Culture de l'Argar
     Nous pouvons donc délimiter une aire distincte, que nous savons contemporaine, puisque le vase campaniforme se date grâce au carbone 14, des approches de l'an -2000 et englobant une bonne partie du second millénaire.
     On dirait que la première phase de l'Age du métal, que nous avons essayé de résumer, perd son pouvoir créateur au début du second millénaire, en termes concrets, vers -1700. A partir de ce moment elle perdure sur la majeure partie du territoire péninsulaire, avec de formes établies et fréquemment décadentes, spécialement dans les zones les plus éloignées des foyers puissants du midi.
     Une seconde phase qui mérite véritablement le nom d'Age du Bronze est une culture bien différenciée dont les limites peuvent se définir, avec une approximation relative, de la partie méridionale de la province d'Alicante (Bassin du Segura ou du Vinalopó), entrant légèrement sur les bords de la Meseta par la province d'Albacete et atteignant juste la zone minière de Linares, pour continuer vers le sud jusqu'à la côte de la province de Grenade, incluant la moitié orientale de celle ci. Elle constitue une zone concrète qui, en plus, possède une certaine unité géographique.
     C'est le groupe qu'on dénomme civilisation de l'Argar, cette localité d'Alméria étant un des lieux où elle a pu être identifiée de la façon la plus définitive.
     Il s'agit d'un groupe nettement distinct de ceux décrits jusqu'à présent [celtibères et ibères (ndt)]. Comme critère de différenciation, il montre, de façon patente, un degré de technique métallurgique plus élevé. Le pourcentage des pièces pour lequel le bronze a été employé est haut maintenant et nous faisons référence au bronze proprement dit, c'est à dire au mélange de cuivre et d'étain.
     Le triomphe de la technique du métal est évident. La plupart des instruments et des armes se fabriquent avec lui, de façon exclusive, la technique se perfectionnant et de nouveaux types et formes plus adaptés à chaque utilisation spéciale se créant. Un déséquilibre se produit, favorable au métal, et l'artisanat traditionnel qui employait des matières lithiques tend à disparaître. La renaissance des industries du silex indiquées pendant l'Énéolithique se termine maintenant, les instruments se réduisant en qualité et en quantité. La disparition des efficaces pointes de flèches, si bien taillées, et des longs couteaux est à noter.
     Il reste quelques cas où la substitution ne se produit pas. Précisément, l'un d'entre eux nous éclaire sur un aspect important du moment (pas toujours dûment valorisé): la progression ascendante continue de la culture céréalière. L'instrument classique des cultures de céréales est la faucille. Justement, l'un des outils qui apparaît avec la plus grande fréquence consiste en de petites scies de silex qui s'enchâssent dans un bâton quelque peu courbé et qui constituent les faucilles primitives qui s'étendent sur toute l'aire du groupe culturel de l'Argar.
     Bronze et faucilles peuvent être, ainsi, les deux éléments significatifs du moment. Métallurgie intensive et agriculture intense, sans qu'existent des données pour savoir si la charrue intervenait déjà dans les cultures.
     Mais, de son côté, le groupe présente aussi une série de nouveautés qui le distinguent aussi de la période antérieure. L'une est l'accentuation du  caractère belliqueux, manifesté par la localisation des foyers de peuplement, toujours établis sur des hauteurs faciles à défendre naturellement et entourés de murailles, de façon encore plus marquée que dans la phase antérieure.
     Le changement de rites est plus significatif. Les idoles de toute sorte disparaissent et toute classe de manifestation religieuse qui précisément avait été une caractéristique de la zone géographique où se trouve maintenant le foyer argarique. Le rite sépulcral change aussi, avec l'abandon de l'enterrement collectif, de quelque sorte qu'il soit. Il n'y a pas de mégalithes ou de cavernes funéraires. Les défunts sont inhumés dans le village même, toujours en position recroquevillée, dans de grandes urnes en céramique, de tombes construites avec des dalles formant des boîtes rectangulaires (cistas) ou en les protégeant avec des pierres formant de petits caveaux. Jamais il n'y a plus de un ou deux cadavres dans chaque tombe, retournant ainsi à l'inhumation individuelle ou d'homme et femme (sans doute, le ménage), comme il était courrant, à l'époque néolithique, sur de grandes aires, au moins en dehors de notre péninsule.
     Au manque de traces religieuses, qui ne veut dire rien d'autre sinon qu'ils n'avaient pas de cultes qui aient pu laisser des restes matériels, se joint une évidente pauvreté d'éléments artistiques. Pas même dans la céramique où, pour le moins dans d'autres cas, il reste un témoignage du sens décoratif. La production en  poterie du groupe de l'Age du Bronze du sud-est péninsulaire se caractérise par la bonne qualité technique dans son élaboration et sa cuisson, mais elle est toujours lisse, sans le moindre ornement. Il est vrai que parfois les formes atteignent une élégance certaine et que les plus soignées des productions, à la surface lisse et polie, brillante, rappelant des vases métalliques, montrent une sobre beauté. Mais c'est certainement très peu pour juger des tendances esthétiques d'un peuple.
     En contact avec l'aire argarique, que nous avons déjà signalée comme se limitant au sud-est péninsulaire, nous connaissons deux groupes qui montrent une civilisation du Bronze amplement développée, tous deux en contact, du point de vue géographique, avec le secteur: celui qui occupe le pays valencien et celui qui s'étend par la Manche.
     On connaît le premier, depuis peu d'années, par le nom de Bronze Valencien, puisqu'il occupe pratiquement tout ce territoire même si on l'a identifié avec des caractéristiques similaires au delà du territoire valencien. Il se caractérise par la profusion de villages, établis toujours dans la partie haute de coteaux à la défense facile et qui, en plus, présentent de fortes murailles édifiées en pierre. Le type des maisons rappelle celui des villages argariques. Mais il existe une différence notable en ce qui concerne le système funéraire puisque, contrairement aux enterrements dans le sous-sol des logements, typiques de toute la zone argarique, que ce soit en cistas, en fosses ou en grandes jarres, nous ne trouvons de tombes intérieures dans la zone du bronze valencien. Le système consista à utiliser de petites cavités naturelles, dispersées dans les monts aux alentours  des villages, où généralement mous ne trouvons qu'un individu et, au maximum, deux ou trois (autrement dit, quelque chose de très distinct des enterrements collectifs caractéristiques de la phase antérieure). Le métal est moins abondant que dans l'Argar, ce qui est logique, puisqu'on ne trouve pas dans la zone d'importants gisements de cuivre ni, naturellement, d'étain. En revanche la céramique est assez ressemblante, avec une prédominance quasiment absolue des formes lisses. C'est ce qui explique que pendant beaucoup d'années on n'ait pu différencier le groupe qu'on considéra comme une extension argarique.
     Nous disposons de plusieurs analyses au carbone 14, qui permettent d'établir une chronologie qui va approximativement de 1700 à 1400 ou 1300 av. JC. Il n'y a pas de doute que nous sommes dans une phase du Bronze plein, parallèle temporellement, au monde argarique. Il n'est pas possible actuellement de distinguer l'évolution intérieure du groupe. La grande quantité de villages permet de soupçonner que tous n'appartiennent pas à la même époque. Si tel était le cas nous devrions accepter une extraordinaire densité de peuplement. Mais nous ne sommes pas en capacité de décider lesquels d'entre eux étaient contemporains et lesquels naquirent lorsque d'autres avaient été abandonnés.
     L'autre groupe auquel nous nous sommes référés est celui de la Manche. ... qui contient des gisements consistant en monticules artificiels, très clairement identifiables, qui sont connus par le nom populaire de "Motillas". En réalité, il s'agit de quelque chose de similaire aux tells asiatiques, c'est à dire des élévations produites par l'accumulation de strates d'un village. ... Des travaux très récents, partiels en ce moment, permettent de reconnaître le caractère de peuplements qu'eurent de tels gisements. Ils occupent toute l'aire de La Manche. Son nombre le plus élevé s'est trouvé, jusqu'à présent, dans les provinces de Albacete et de Ciudad Real, avec des éléments dans la partie méridionale de Cuenca  et , peut être, dans celle de Tolède aussi. Il résulte évident que le "groupe de las Motillas" représente une intense colonisation de la Manche par des gens agropécuaires, avec une technologie du bronze, dont les éléments matériels – spécialement les céramiques, ce qui est le mieux connu pour le moment – ont une parenté certaine avec ceux de l'Argar.

    
Peut on faire de ce groupe l'ancêtre des Vascons?

     La route de l'étain semblerait expliquer le long cheminement vers le nord qui va nous mener à la situation décrite par Strabon, où les Vascons vivent le long de la Bidassoa, leur zone étant enclavée entre les peuples ibériques et les peuples celtibères. Si la zone de l'Argar était bien pourvue en minerai de cuivre, elle l'était beaucoup moins en étain. Pour l'obtenir vers l'an 2000 av. JC, il fallait sans doute procéder à des échanges de cuivre et d'étain avec les peuples ibéroceltes pouvant trouver cette ressource dans l'actuelle Galice ou la province de Zamora, situés au nord-ouest de l'Argar, mais assez proche de la culture des Motillas. L'établissement de liens commerciaux, même intermittents, même utilisant des relais et des intermédiaires ne pouvait pas cacher la direction de cette route. C'est dans ce contexte que va apparaître,  à l'ouest, la civilisation tartésique. Quelques siècles vont permettre aux argariens de perfectionner leurs techniques de la fusion et des alliages et maîtrisant mieux les hautes températures, faire progresser aussi leurs techniques de la céramique au point d'en arriver à obtenir des récipients et des fours permettant la coupellation. De vrais petits sidérurgistes!...sans fer. Ils vont mettre ce temps à profit, en utilisant ces réseaux commerciaux, pour faire un inventaire des possibilités qu'offre la péninsule, aussi bien de ses ressources que de ses gens jusqu'aux années 1300 av. JC. où le groupe de l'Argar reste vivace, malgré la croissance de la zone tartésienne et l'insécurité qui s'installe sur la côte méditerranéenne avec l'apparition de la piraterie. Il va se déplacer progressivement vers l'intérieur des terres, en préférant les zones ibères aux zones ibéroceltes, ce qui va les mener vers le nord en suivant le bord oriental de la Meseta. L'arrivée de quelques groupes sur la côte cantabrique leur permettra de découvrir, par la seule observation des embarcations mouillant pour la nuit, du commerce avec la Bretagne et les Cornouailles. Dès lors l'embouchure de la Bidassoa devient un emplacement de choix puisqu'il permet un accès relativement aisé pour l'étain et qu'il permet le contact avec les peuples aquitains, peuples parlant une langue voisine de celle des ibères, de laquelle sont devenus familiers les gens de l'Argar. Le caractère du bi, voire trilinguisme de bien de ses gens est généralement peu noté, car trop évident, et fait partie de l'identité de ce groupe.
     Vers le XIème siècle av. JC., la Catalogne voit arriver les incinérateursPénétation indoeuropéenne de la civilisation du champ des urnes. Cette époque correspond à l'arrivée des Rasènes en Italie, qui entraîne une déstabilisation du mode de vie des populations de la péninsule italienne, des ligures et de la partie côtière de la Catalogne et du nord du pays valencien. Rapports probables de domination dans le nord de l'Italie menant à la création de la civilisation Étrusque et au reflux des Sicules vers la Sicile et rapports probables de cohabitation et d'acculturation des populations autochtones en Ligurie et dans la zone catalane. Une seconde vague assez importante apporte une population également indo-européenne dans une zone comprenant l'intérieur des terres catalanes et s'étendant jusqu'à l'actuelle Navarre. Elle vit dans de grandes maisons rectangulaires et peut se regrouper dans des villages pérennes de plus 500 personnes. Dans cette zone les champs d'urnes alternent avec un autre type de sépulture en tumulus. Remarquons que la grande maison rectangulaire est caractéristique de l'actuel pays basque. Ces populations sont porteuses d'influences acquises dans le sud de l'Allemagne et de la Suisse actuelles. Elles vont changer le rapport au sol des populations ibères par l'introduction de nouvelles techniques agricoles (charrues entre autres): un mode de vie cavernicole, comme celui de la population avant cette arrivée, est peu adapté pour qui cultive des champs et profite de la récolte. Le changement de lieu d'habitation, pour un groupe, se fera désormais avec plus de violence dans cette zone.
     D'autres vagues indo-européennes, galles celles-là, suivront jusqu'au VIIIème siècle av. JC. Elles vont s'installer sur la meseta et, arrivant jusqu'à l'actuel Portugal, se mêler aux populations ibéroceltes. Ils vont former la civilisation celtibère, comparable à la civilisation gauloise où l'organisation sociale se fait à trois niveaux, où il existe une caste de nobles qui élisent un roi ou reconnaissent une prérogative dynastique et une caste de prêtres. Ce sont des populations hallstatiques connaissant le fer et la charrue (ou l'araire). Ils ne se répandront pas sur la Galice intérieure qui restera longtemps un îlot ibérocelte, sans doute à cause d'une meilleure cohésion sociale de sa population tournée vers les activités minières et métallurgiques autant que sur celles agricoles et pastorales. C'est pour les mêmes raisons qu'ils ne le feront pas, sur l'espace occupé, avec une certitude historique, par les Vascons au moment des guerres sertoriennes: c'est parce qu'ils étaient déjà là, et disposés à défendre leurs mines, leurs champs et leur pacages. Astures et Cantabres vont donc s'installer, le long de la côte cantabrique, entre Galiciens et Vascons.
     Que devient alors la civilisation de l'Argar? Elle disparaît sous la poussée phénicienne et carthaginoise, concrétisée par la fondation de Carthagène. Lixus et Gadir permettaient aux phéniciens de contrôler un commerce océan "équitable", en particulier avec le royaume de Tartessos.
Influence grecquePoussée phénicienne

















 
    Selon Hérodote:
CXCVI. Les Carthaginois disent qu'au delà des colonnes d'Hercule il y a un pays habité où ils vont faire le commerce. Quand ils y sont arrivés, ils tirent leurs marchandises de leurs vaisseaux, et les rangent le long du rivage : ils remontent ensuite sur leurs bâtiments, où ils font beaucoup de fumée. Les naturels du pays, apercevant cette fumée, viennent sur le bord de la mer, et, après y avoir mis de l'or pour le prix des marchandises, ils s'éloignent. Les Carthaginois sortent alors de leurs vaisseaux, examinent la quantité d'or qu'on a apportée, et, si elle leur paraît répondre au prix de leurs marchandises, ils l'emportent et s'en vont. Mais, s'il n'y en pas pour leur valeur, ils s'en retournent sur leurs vaisseaux, où ils restent tranquilles. Les autres reviennent ensuite, et ajoutent quelque chose, jusqu'à ce que les Carthaginois soient contents. Ils ne se font jamais tort les uns aux autres. Les Carthaginois ne touchent point à l'or, à moins qu'il n'y en ait pour la valeur de leurs marchandises ; et ceux du pays n'emportent point les marchandises avant que les Carthaginois n'aient enlevé l'or.

Peuples ibériques       Avec Carthagène, c'est une politique d'exploitation des ressources et des populations, autrement dit, une colonisation, de la zone qui se met en place, important en Hispanie un système impérial hérité des Perses. La population de l'Argar et les ibères "argarisés" vont soit rester sur place en se coulant dans le moule carthaginois soit partir plus au nord, rejoignant les prédécesseurs vascons, et sans doute s'installer dans la région de La Rioja et même dans une partie de la province de Soria, où on les désignera par le nom de "Berones".  Sans doute parmi eux devait on trouver un groupe partie de la ville bétique d'Iptuci dont les descendants qui auront prospéré et se seront multipliés seront nommés Ipuscuates, par Arnaud d'Oihénart (1592 – 1668), comme habitant outre Pyrénées, tout comme les Navarri, Jaccesenses et Biscaini.
     Remarquons le nom des Ilercavones, une simple inversion consonantique va nous donner le nom "Ilervacones". Aurait il pu se  transformer  encore en "Ilervascones"? Et pourquoi quelques uns parmi eux, voire tous, auraient remonté l'Èbre, délaissant son embouchure? L'arrivée des incinérateurs des champs des urnes n'en serait elle pas une cause probable? Mais si ce groupe est l'un des éléments constitutifs des Vascons, ceux-ci sont ibères et parlent un langage ibère. L'eskaldun n'a pu se constituer que comme un alliage entre les langues parlées par les occupants de cette zone dans les siècles suivant la fondation de Carthagène. Les Mastiens et les Turdetans semblent de bons candidats à l'apport essentiel pour le basque qui est sa grammaire, ergative et aux verbes à caractère agglutinant, qui va l'empêcher d'être infuencé par les langues qui vont l'entourer, indoeuropéennes, sinon par leur apport lexical.
     Héritiers des Argariens, ils vont accoutumer les ibères qu'ils côtoient à n'accorder que le dernier terme du groupe nominal, à avoir un accusatif en désinence vide, à donner une pertinence fonctionnelle à la phrase par la suffixation pronominale des verbes, le régime indirect précédent le...nominatif.
     Le substrat langagier que vont trouver les légions de Scipion et de Sertorius en entrant dans la péninsule est triple: celtibère à l'ouest et au centre, "orientalisés" sur la côte méditerranéenne, avec une influence indoeuropéenne dans la zone catalane et nord-levantine, et, une poche résiduelle ibérique s'étendant de la moitié est de la Meseta jusqu'aux rives de la Garonne, pays des Aquitani.
    La latinisation unificatrice aura des sorts différents suivant les zones (cf. Rafael Lapesa, Historia de la lengua española), en particulier dans la poche ibéro-vascone où elle va basculer vers ...le bilinguisme, son langage étant devenu réfractaire à des changements grammaticaux trop importants, ce qui n'empêche pas une intégration lexicale simple (ex. fruta) ou vasconisée (ex. entsalada). Dans la poche ibéro-vascone, les gens auront une langue de la maison,[3] "de chez nous" et une langue comprise par tous les autres, et les puissants Romains en particulier. Pendant l'empire romain, nous aurons sur l'arc cantabrico-pyrénéen, d'ouest en est, les "civitataes" de Lucus Augusti, Asturica, Iuliobriga, Pompaleo, Iacca, Osca et Ilerda. Si nous exceptons Jaca, en zone limitrophe, nous avons les villes emblématiques pour les langues qui vont régir l'histoire linguistique de la péninsule. Le substrat ibérocelte-celtibère de Lucus Augusti et de la culture des "castros" va se latiniser en galicien-portugais, celui de Austurica et Iuliobriga, celtibère, le fera vers le léonais, celui de Osca,  ibèrocelte  va produire l'aragonnais et au delà de Ilerda, l'ibère "orientalisé" et indo-européanisé le fera pour le catalan. La zone de Iuliobriga, zone de contact entre substrats celtibère et vascon permettra, au IXème s., époque du royame d'Asturie, l'émergence du castillan.
     Notons aussi que deux noms de peuples nous sont parvenus quasiment tels quels: les "Andosinos" deviennent en espagnol "Andorrinos", Andorrans en français, les "Airenosos" sont encore au "valle de Airen" ou aujourd'hui, "Valle de Aran", en français le Val d'Aran. La trace des "Sordones" se retrouve dans le nom de la danse emblématique de la Catalogne: la sardane, danse des Sordones. La ville de Tudela en Navarre ne devrait elle pas son nom aux "Turdetanos"?
Enfin notons que les "Mastienos", peuple clé dans le processus de régénérescence de la langue basque, porte un nom très proche des voisins immédiats des Alarodiens du Alarodiens et satrapiesCaucase dont parle J.Karst, vivant dans la dix-huitième satrapie de Darius, ainsi que l'écrit Hérodote dans son LivreIII:

XCIV. Les Paricaniens et les Éthiopiens asiatiques rendaient quatre cents talents. Ils composaient le dix-septième gouvernement. Le dix-huitième renfermait les Matianiens, les Sapires et les Alarodiens. Ils étaient taxés à deux cents talents.

    Mais Pline l'ancien, dans la moitié du premier siècle, ne signale jamais une langue différente parlée par les peuples de la péninsule qu'il énumère, indiquant seulement que quelques uns sont celtibères. S'il avait décrit les Français méridionaux actuels, il aurait, peut-être, pris la peine de faire une remarque sur cette particularité de leur parler, mais n'aurait il pas pensé que tous parlent la même langue?...y compris en Iparralde, où deux langues le sont.
    Strabon, une génération avant, n'était pas de son avis, signalant une langue différente chez les Turdetans:
Du nom du fleuve qui l'arrose ladite contrée a été appelée Baetique ; elle s'appelle aussi Turdétanie d'un des noms des populations qui l'habitent. Ces populations, en effet, portent deux noms : celui de Turdétans et celui de Turdules; suivant les uns, ces deux noms auraient toujours désigné un seul et même peuple, mais suivant les autres (et Polybe est du nombre de ces derniers, puisque, à l'entendre, les Turdétans avaient pour voisins au nord les Turdules), ils désignaient d'abord des peuples différents. En tout cas, aujourd'hui, toute distinction entre ces peuples a disparu. Comparés aux autres Ibères, les Turdétans sont réputés les plus savants, ils ont une littérature, des histoires ou annales des anciens temps, des poèmes et des lois en vers qui datent, à ce qu'ils prétendent, de six mille ans ; mais les autres nations ibères ont aussi leur littérature, disons mieux leurs littératures, puisqu'elles ne parlent pas toutes la même langue. Cette contrée sise en deçà de l'Anas (le Guadiana), se prolonge à l'est jusqu'à l'Orétanie et a pour borne au midi la portion du littoral comprise entre les bouches de l'Anas et les Colonnes d'Hercule. Du reste il est nécessaire que nous la décrivions plus au long, ainsi que les lieux qui l'environnent, afin de ne rien omettre de ce qui peut contribuer à faire connaître tous les avantages, toutes les richesses dont la nature l'a dotée.
Notons que c'est à la limite est de leur zone, vers -2300, les "Argariens" ce sont établis. A cause des ressources minières, sans doute, par glossophilie, peut-être.
    Au dire des linguistes, les fonds lexicaux ibère et basque ont beaucoup de points communs. De par leur géolocalisation actuelle et nos connaissances historiques, nous avons la certitude d'un contact prolongé, au moins pendant deux millénaires. Pourrions nous penser que, du bassin de la Garonne (gara/rhône?- notre rhône, en basque/celtique) à celui du Guadalquivir, toutes les langues aient 35000 ans d'âge, ayant dans leurs ascendants, le parler des occupants de Lascaux? Et l'euskara, à la même longévité, s'en est il différencié depuis 18000, 6500, 4300 ou 2000 ans? Pourquoi choisir? Nous gardons les quatre, comme étapes.


     Quelles pourraient être l'origine et la provenance du groupe de la civilisation de l'Argar?

     L'élimination des cultures Ioniennes et Crétoises comme fondatrices de la civilisation de l' Argar peut être faite en se fondant non sur deux arguments appuyés sur ce qui a été trouvé, mais, au contraire, sur ce qu'on ne trouvera pas plus tard, entre les VIème et IVème siècles: une implantation grecque sur cette zone. On peut répliquer que cette implantation n'a pas eu lieu dans cette zone, car, alors, l'aire de l'Argar était sous l'influence Carthaginoise, ce qui est vrai, mais ceci exclu une recherche directe des métaux par les populations égéennes, sur la partie alicantine de la côte méditerranéenne vers le XXème siècle Av JC., car un lien, même intermittent, aurait laissé des traces sur cette côte (entrepôts, manufactures), comme l'ont laissé, plus tard, les points d'échange avec les Phéniciens. Nous pouvons dire, en prenant peu de risques d'être démentis (sauf à en découvrir), que la naissance de cette civilisation ne peut venir que de populations vivant sur le pourtour occidental de la Méditerranée, sa situation côtière indiquant une arrivée par la mer.
     Quel peuple serait un candidat possible?

Hérodote  (Livre IV) écrit:
CXC. Les Libyens nomades enterrent leurs morts comme les Grecs : j'en excepte les Nasamons, qui les enterrent assis, ayant soin, quand quelqu'un rend le dernier soupir, de le tenir dans cette altitude, et prenant garde qu'il n'expire couché sur le dos.

     Notons que pour les Grecs la Libye désignait le nord de l'Afrique, de l'océan Atlantique jusqu'à l'Égypte. Les corps découverts dans la zone de l'Argar à cette époque sont enterrés à l'intérieur des habitation, individuellement ou en couple (homme et femme) soit dans une niche faite de larges pierres ou dans une grande jarre couvertes par une large dalle, permettant la présence des morts dans la maison.
Un peuple venu de Libye?

Celles sur l'abandon par une population d'un territoire donné et de son retour sur celui-ci. (Hors Bretagne)

    De -4500 à -2500 nous avons, sur la zone, l' "humide néolithique" pendant lequel la mousson touche le Tassili N' Ajjer, arrosé aussi par les pluies nord, permet l'apparition d'une flore méditerranéo-tropicale incluant l'olivier et la myrte. Les rivières et les lacs, bien alimentés et très étendus, sont l'habitat de poissons et d'hippopotames, accueillant des éléphants pour les bains de boue quotidiens, points d'eau pour les girafes et les grands herbivores  représentés dans l'art rupestre dit "bovidien". Le Sahara, recouvert par la savane, est le paradis de chasseurs disposants d'arcs, et de bouviers qui domestiquent le boeuf, comme le montrent peintures et gravures où certains sont représentés en tant que gibier et d'autres, mamelles gonflées et appareillés, comme bétail.
Ces populations sont loin d'être toujours pacifiques, comme nous les montrent des peintures rupestres de scènes de batailles entre deux groupes armés d'arcs. Pendant une période précédente d'un millier d'années où le climat a été plus sec, les groupes "têtes rondes" et "peul" se sont concentrés vers le Tchad et le Niger, suivant la végétation qui correspondait mieux à leur mode de vie, les autres groupes se sont concentrés autour des zones restées humides et donc ont commencé à se différencier, par rapport à la période précédente (-8000 - -5500) du "grand humide". Tous comprennent le proto-ibèro-berbère mais chaque groupe a pris des habitudes langagières différentes.
    Vers -2500 une nouvelle aridité s'installe et les populations favorisent l'élevage de bétail plus adapté à une végétation plus sèche où prédominent caprins et ovins. Elles se retirent vers les endroits restés les plus fertiles, dans les zones montagneuses et vers les côtes atlantiques et méditerranéennes, augmentant l'espace entre les groupes et favorisant, par là même, la dispersion et la différenciation entre eux.
     L'un de ces groupes, venant possiblement du Hoggar, acculé par la sécheresse, se décide à migrer vers le nord et finit par traverser la Méditerranée. On peut penser qu'il s'installe dans une zone occupée par des ibéroceltes car nous trouvons des céramiques de cette nouvelle culture dans les monuments mégalithiques édifiés antérieurement comme ceux situés à Vilanova de Sao Pedro ou à Los Millares près de l'actuel Alicante. Il va fonder la civilisation connue comme celle de l'"Argar" vers -2300 Av JC. date correspondant à cinq générations pour migrer et traverser la mer (150ans si nous tenons compte de la différence entre les datations BP –arrondies de +50 ans- et celles Av JC).  Notons au passage qu'on disait "ales aharghar" en Tamahaq, selon le dictionnaire de Motylinski, reprenant les travaux de Foucauld, pour désigner les hommes du Hoggar. Remarquons cependant que ce n'est pas le tamahaq mais le tachekhit du Souss qui semble fournir le plus de concordances selon Zelnikov (plus de 10%), ce qui n'est pas surprenant lorsqu'on connait les lins de Gadir et de Lixos.
     Quelques peuples, à des titres divers, auraient pu constituer ou participer  à sa constitution:
CLXXVI. Les Gindanes touchent aux Maces. On dit que leurs femmes portent chacune, autour de la cheville du pied, autant de bandes de peaux qu'elles ont vu d'hommes ; celle qui en a davantage est la plus estimée, comme ayant été aimée d'un plus grand nombre d'hommes
CLXXX. Immédiatement après les Machlyes, on trouve les Auséens..... Les femmes sont en commun chez ces peuples ; elles ne demeurent point avec les hommes, et ceux-ci les voient à la manière des bêtes. Les enfants sont élevés par leurs mères : quand ils sont grands, on les mène à l'assemblée que les hommes tiennent tous les trois mois. Celui à qui un enfant ressemble passe pour en être le père.
CXC. Les Libyens nomades enterrent leurs morts comme les Grecs : j'en excepte les Nasamons, qui les enterrent assis, ayant soin, quand quelqu'un rend le dernier soupir, de le tenir dans cette altitude, et prenant garde qu'il n'expire couché sur le dos. Leurs logements sont portatifs, et faits d'asphodèles entrelacés avec des joncs. Tels sont les usages de ces nations.
CXCIII. Les Zauèces touchent aux Libyens-Maxyes ; quand ils sont en guerre, les femmes conduisent les chars.
    Condition des femmes reconnues comme membres du groupe et non comme possessions de celui-ci, compatible avec le droit d'aînesse non sexué du droit des Basques, assemblée d'hommes se réunissant périodiquement, comme dans les villages du Pays-basque, les rites funéraires sont peu éloignés  de ceux de la  civilisation de  l'Argar, et on ne peut manquer de penser aux coutumes des Nasamons en  lisant  la page 271 de l'ouvrage de Philippe Veyrin "Les Basques":
    " Au début du XVIIème, ..., le culte de morts se pratiquait non dans l'église, mais au cimetière sur la tombe même du disparu. Les femmes venaient chaque jour passer de longues heures sur les sépultures, les adorner de plantes et de fleurs aromatiques, y allumer des flambeaux; habitudes condamnées d'ailleurs par plusieurs conciles.
    Il semble, toutefois, qu'il en reste d'évidentes traces dans la manière dont se font les neuvaines en Soule; chaque jour, à la tombée de la nuit, les voisines se réunissent à la maison mortuaire revêtues de leur kaputchina et portant leur cire filée. Elles vont d'abord faire silencieusement une prière dans l'église; puis, sur la tombe récemment close, déposent un long moment leur cires allumées, et répètent enfin le même geste avant de se séparer sur la tombe de l'avant-dernier défunt de la paroisse."

     Ce groupe parle un proto-ibère différent des langues ibères du sud de la péninsule, mais leurs langues, d'une même origine, restent encore compréhensibles pour les locuteurs de l'autre. C'est de la rencontre de ces deux groupes que vont naître l'ibère...et le vascon. Les deux sont constitués de lointains descendants de Cro-magnon, mais le second groupe à importé de son long séjour africain une langue à la logique grammaticale différente, détonante et incompréhensible pour un groupe parlant une langue indo-européenne issue de l'indo-européen 3. Cette langue va se "recuire", agir comme levain dans la pâte du pain, reprendre certaines racines ancestrales, mais aussi influencer les langues parlées par les populations qui vont côtoyer son groupe et l'ibère en premier, mais nous reviendrons plus tard sur leurs forces respectives.[1] Des linguistes ont trouvé des ressemblances fortes entre les deux langues.
    Un autre groupe a avoir une origine paléolitique  encore moins discutable, de par son implantation géographique continue, est celui des Aquitani. Il a probablement été sous une influence faible, celte puis latine, mais le substrat de leur langue était toujours le proto-ibère hérité du passé commun de la zone, et elle était non celte et...incompréhensible, selon les latins, mais selon Bladé, proche du basque. Les travaux de Videgain semblent aller en ce sens, pointant les difficultés créées par l'enterrement de la théorie  basco-ibérique. Sans les nier, on pourrait les dépasser en la renommant basco-protoibérique. (Si les bretons finistériens étaient resté en Bretagne, ils auraient parlé une langue devenue "bretonoïde", lors de la réoccupation du reste de la Bretagne, par des Bretons revenus de Grande-Bretagne et parlant une langue estampillée: "Breton véritable". "Bretonoïde" implique une filiation exogène, "protobretonne" le permet aussi, mais autant qu'une filiation endogène, incestueuse, pouvant rendre compte de l'idée de boucle). Si l'arrivée du groupe de l'Argar se situe vers 2300 av. JC, l'antépénultième étape commençe avec la victoire d'Agrippa et l'avant-dernière commence avec la désagrégation de l'empire romain (cf. P.Veyrin). Les Navarrais vont s'étendre en Iparralde, se fixant apparement sans violence dans des zones peu peuplées à l'époque, d'abord en Basse-Navarre, puis en Soule et dans le Labourd. Une interpénétration des natifs et des arrivants va revigorer les deux groupes linguistiquement, mais les Gascons, non gagnés par le bilinguisme, verront leur langue  s'apparenter de plus en plus avec les parlers romans au gré des occupations successives de la région: wisigode, franque, anglaise. Peu protégés par leurs droits et leurs coutumes, ils gardent encore un parler très distinctif à la fin du moyen-âge, mais compréhensible dans toute la France. C'est pendant cette période que le basque, après son uniformisation de l'empire romain, va commencer sa dialectisation, l'ensemble de la zone affirmant son unité linguistique à travers sa résistance à la féodalité grâce aux "fors" ou aux "fueros". Inutile de poursuivre, dès la Renaissance l'histoire est dans les bibliothèques.
Des linguistes ont trouvé des ressemblances fortes entre ces langues. Puisse cette réflexion les aider dans leurs difficiles mais passionnants travaux d'analyse du peu d'éléments matériels dont ils disposent.


Une autre origine possible

     De Hérodote (live IV):
CXCI. A l'ouest du fleuve Triton, les Libyens laboureurs touchent aux Auséens ; ils ont des maisons, et se nomment Maxyes.....C'est dans cette partie occidentale de la Libye que se trouvent les serpents d'une grandeur prodigieuse, les lions, les éléphants, les ours, les aspics, les ânes qui ont des cornes, les cynocéphales (têtes de chien) et les acéphales (sans tête), qui ont, si l'on en croit les Libyens, les yeux à la poitrine.

     Nous avons à cette époque un peuple qui enterre ses morts de la même manière dans la zone balkanique et qui semble bien maîtriser la fusion du cuivre, et aurait construit des maisons rectangulaires utilisant le bois et le torchis. C'est celui de la culture de Vinča, mais sa céramique noire semble invalider pour l'instant cette possibilité, même si l'époque de sa disparition corresponde à celle de la naissance de la culture de l'Argar. Ce n'est pas une raison suffisante pour éliminer cette piste pour l'instant car un élément  peut retenir notr attention: les acéphales dont nous parle Hérodote. Balivernes?, bien! Mais alors pourquoi l'auteur, homme censé par ailleurs la rapporte-t-il? Sans aucun doute parce qu'il écrit ce qu'on lui a rapporté. Or on peut lui avoir rapporté qu'on a vu des acéphales et des cynocéphales, ce qui est vrai, puisqu'on le rapporteur les a vu sur des peintures rupestres et a donc dû le dire avec l'air d'une personne persuadée de ce qu'elle dit.
Si par ailleurs nous observons la statuette de gauche de Cernavoda (culture Vinča) et que notre regard prenne la tête pour une coiffe, les seins deviennent...les yeux au milieu de la poitrine! Y aurait il une connexion entre les Balkans et l'Afrique, et donc, éventuellement avec les Basques? Ce serait pour l'instant aller bien vite en besogne, mais cette piste n'est pas à délaisser avant de l'éliminer par des arguments convaincants. Elle pourrait nous amener ...vers le Caucase!
Acéphales

    Le rapport avec l'Afrique saharienne n'est pas pour autant écarté par cette piste. J. Karst de l'avait pas fait et les paléo-linguistes devraient se pencher, sans à priori, sur les berbères marocains, particulièrement celui du Souss, les Basques devant leur langue probablement autant à l'homme de Cro-magnon qu'à l'homme de Taforalt.
    Comme la piste précédemment exposée elle n'est qu'une présomption faite des brins que constituent les indices du passé. Elles n'ont pas la prétention d'emporter une conviction quelle qu'elle soit, mais d'apporter seulement des éléments de réflexion.



[1]    La force du basque   

    STR II 13:  ...et il est de fait que l'assujettissement de cette partie de l'Ibérie aux Phéniciens a été si complet, qu'aujourd'hui encore, dans la plupart des villes de la Turdétanie et des campagnes environnantes, le fond de la population est d'origine phénicienne.
    Il nous indique, par ailleurs que les Turdetans et  les Turdules étaient devenus un même peuple. Parlaient ils la même langue qu'Hannibal? La zone tartésienne avait déjà abrité des mélanges culturels et linguistiques avant l'arrivée romaine: sur un fond ibérique, comme l'atteste sa toponimie euskara-ibère, sont venus s'ajouter des apports lybiques, celtes et phéniciens. Elle constituera une province facile à romaniser, avec une population au langage faits de mélanges, indoeuropéanisé, puis sémitisé. La population partie lors de la fondation de Carthage-la-neuve, venant de l'intérieur des terres, devait avoir un langage avec un apport phénicien peu marqué, et il est probable que les apports recueillis aient subi le même traitement qu'a subi...le latin dans la zone vascone.
Voici ce qu'en dit Rafael Lapesa:
Tandis que le reste de la péninsule accepta le latin comme langue propre, oubliant ses idiomes primitifs, la région vascone conserva le sien. Ce n'est pas pour autant qu'elle resta en marge de la civilisation qu'apportèrent les romains; elle l'assimila en grande partie et l'énorme flot de mots latins qu'elle incorpora, les transformant jusqu'à les adapter à sa phonétique particulière est la meilleure preuve de l'influence culturelle romaine. Depuis des noms comme kipula  et tipula (<cepulla) ou errota 'moulin' (rota 'roue') jusqu'à pake, bake 'paix', errege 'roi' (<rege) et atxeter 'médecin' (<archiater), pesta ou besta 'fête', liburu 'livre', gurutz 'croix', abendu 'décembre' (<adventus), il n'y a pas un domaine matériel ou spirituel dont la terminologie ne soit pas pleine de latinismes.
On peut retrouver cette faculté dans une langue que l'euskara a contribué à faire à naître qui est le castillan mais de façon moins marquée. Si à Madrid les gens utilisent des "computadoras" sauf  "los fines de semana", les basques le font sauf "asteburuetan" ( semaine-tête-dans), ce qui est un autre système linguistique que   " the coiffeur" ou "eine Pistole".

    (Tentative de prolongement de la reconstruction interne de Vahan Sarkisian sur le mot basque "ezker" et castillan: "izquierdo".)

    En provençal et catalan, esquer, en aragonnais esquerro, en portugais, esquerdo, en castillan, izquierdo, voilà des variations sur le thème du mot basque "ezker".  Vahan Sarkisian propose, résumant la reconstruction interne du mot basque ezker "gauche", les conclusions qui suivent:
       1 . L'adjectif basque esker "gauche" procède d'une forme originaire ertz oker "bord tordu" en subissant une évolution phonétique très simple: ertz oker > ertzoker > ertzker > ezker. De ce fait, le sens général de "gauche", vient de l'idée concrète de "bord tordu".
       2 . Sachant que le substantif basque ertz "bord, extrémité" procède de façon évidente de son synonyme eretz "partie, côté" on peut repousser les limites étymologiques de esker en commençant la reconstruction avec la variante plus large: eretz oker > ertzoker > ertzker > esker. Cet élargissement ne change rien dans la protosémantique de l'adjectif esker, puisque dans les deux variantes il s'agit de l'idée primitive de "bord tordu".
       3 . L'adjectif basque esker, à cause de l'évolution phonétique eretz oker > ertzoker > ertzker > esker, s'est approché structurellement du substantif esku "main"
    La conclusion à laquelle il arrive lui fait signaler le mot objet de confusion d'autres linguistes, qu'il indique dans son exposé. C'est ce mot, cependant, qui malicieusement, pourrait confirmer son point de vue.
    Il est fort mal vu par les linguistes de voir quelqu'un qui ne le soit pas proposer une explication fondée...sur le seul bon sens, mais nous ne résisterons pas à poser la question incongrue: mais le "bord tordu" de quoi?
    Il est bien évident que tous les locuteurs devaient connaître ce qu'était ce bord, et ce bord devait, nécessairement, se distinguer de celui qui ne l'était pas. Nous devons donc essayer de trouver quelque chose, connue de tous, asymétrique et qu'on puisse voir mentalement en toutes circonstances. Les aviateurs utilisaient des expressions comme "à dix heures" ou "à trois heures" pour indiquer une direction à l'un de leur pair pratiquant la même activité. Les marins utilisent les bords du navire pour indiquer une zone plus large avec "babord" et "tribord". Dans ces deux exemples, la symétrie et l'asymétrie permettant l'orientation, y compris relative à une perception en mouvement, sont fournis par l'image mentale de l'objet lui même mais aussi par la position du marin ou de l'aviateur, tourné vers la proue ou le nez, dans l'objet. Si nous demandons ce qui peut donner un côté tordu chez des chasseurs-cueilleurs, la pierre, la massue, la hache ou le propulseur ne semblent pas de bons candidats pour donner un bord qui  soit tordu et un autre qui ne le soit pas, mais l'arc si. La plupart des utilisateurs vont placer la main gauche sur le corps de l'arc, le côté "tordu", et la main droite sur la corde, le côté "non tordu". Ce côté "non tordu" est celui où la main se referme, ou les doigts se rassemblent et se réunissent. Les mots bil(du), "réunir", bilduma "réunion", bilera, "collection"(de doigts) peuvent venir dès lors dans le même groupe nominal que esku, "main", pour former esku bil...> eskubil > eskubi "droite".
    Ce qui est à remarquer, ici, c'est la nature archaïque de ces deux mots et la correspondance, non linguistique, avec le français "gauche", proche de "gauchir", rendre tordu, et "droit", comme la corde d'un arc où l'image mentale est la même. Est-ce ce caractère archaïque, presque archétypal; qui donne cette force à l'euskara?

[2]   Racines ancestrales ou archétypales

Un phénomène, repris dans la presse, apte à attirer l'attention des linguistes:
    LANGAGE - Alun Morgan a dû réapprendre sa langue maternelle...
I think we have a problem. Un Anglais de 81 ans, victime d’une attaque cérébrale en 2010, s’est réveillé trois semaines plus tard en ayant oublié sa langue maternelle mais en parlant couramment gallois. A l’hôpital, «j’ai bien vu qu’il se passait quelque chose de marrant», a-t-il raconté jeudi (03/01/2013) au Daily Mail. Et pour cause: l’octogénaire n’avait certes pas perdu l’usage de la parole, mais plus personne ne comprenait un traître mot à ce qu’il disait. Ce qui a valu à son épouse «le choc de sa vie».
Alun Morgan a bien vécu au Pays de Galles, puisqu’il y a été évacué pendant la guerre à l’âge de 12 ans, mais il est revenu à Londres un an plus tard, et n’a jamais appris la langue de Cardiff. «J’ai parlé gallois sûrement parce que ma nounou, avec qui j’ai vécu pendant la guerre, parlait très mal anglais», estime-t-il aujourd’hui. D’autant que ses deux parents maîtrisaient eux-mêmes cette langue.  Après son attaque, Alun Morgan s’est même acheté «un bon dictionnaire gallois» pour «être sûr de le parler correctement» . En revanche, il a dû prendre des cours pour apprendre à nouveau l’anglais. «Les mots sont revenus petit à petit, mais ce n’était pas facile». Aujourd’hui, l’octogénaire a retrouvé sa langue maternelle... mais a pratiquement oublié le gallois.
Les médecins ont diagnostiqué Alun Morgan comme aphasique, une pathologie due à une lésion qui touche une des zones du cerveau responsable du langage. Ce type de cas est très rare -on recense une cinquantaine de cas depuis 1941.
     Ce fait est il seulement biologique? Le gallois est, sans conteste, un des substrats linguistiques de l'anglais, mais la proportion de picte qu'il contient est bien plus grande.

                                                                                                                                                                                                      voie romaine Cirauqui
[3]       La romanisation de la zone basque a été moins intense que dans le reste de la Gaule et le reste de l'Hispanie. Si Andelos, sur les bords de l'Arga, a été bâti et vécu pendant l'empire, le nom même du lieu, Muruzabal (large mur), où sont ses restes et ceux de l'acqueduc, témoigne d'une vocation défensive. Il était le siège d'une petite garnison destinée à montrer les aigles et surveiller la voie de Viana à Pompaleo qu'on peut voir encore à Cirauqui, la commune voisine.C'était surtout un point de rencontre politique, administratif et marchand, même si des thermes ont été construits. Ceux-ci, sans amoindrir leur importance pour l'acculturation des autochtones, n'avaient pas la puissance de l'instrument de latinisation que constitue un théâtre comme celui de Saragosse, qui situé trop en limite de l'aire linguistique basque pour l'influencer profondément, contribuera à romaniser plus fortement le pays aragonais. Région sure pour Rome, puisque la population, alliée, reconnaissait sa suprématie, elle n'a eu pour celle-ci qu'un intérêt de passage et l'a laissée s'organiser localement suivant ses coutumes et son mode de vie. Si nous trouvons les restes d'une villa romaine à vocation vinicole à Estella, l'Euskal herria ne semble pas avoir été une aire de prédation massive de la part des élites romaines, comme dans d'autres parties de l'empire, trouvant sans doute l'endroit trop éloigné des voies navigables... et du centre du pouvoir. Sa tranquilité a été protégée par la distance du port fluvial de Saragosse, qui enchérissait les  produits destinés au grand commerce. Elle lui a permis de mithridatiser sa langue en empruntant plus de rigueur au latin, héritier des sophistes et rhéteurs grecs, en la régularisant et la normant par la diffusion du parler de ses élites bilingues, dans sa population. Cette action, qui l'a rendue précise et apte à tout exprimer, sera poursuivie jusqu'au milieu du XXème siècle par l'église, les ikastolas et les médias prennant ensuite le relai.


[4]    Les Bérons (Berones,Vérons, Βήρωνες), forment un peuple de la péninsule ibérique décrit par Ptolémée qui nomme quelques unes de ses cités. Strabon note son identité celtibère, marquant spécialement son caractère belliqueux (III 4,5, et 12). Sa marque celte se perçoit dans la toponymie et la langue utilisée pour la frappe de ses monnaies, inscriptions, et les noms avérés dans celles de Herramélluri, tels que Segius, Virono et Matienus, Anna ou Madigena. On conserve encore un certain de ses lieux de culte de divinités celtiques tels qu'Epona dans la grotte de Marquínez (Alava).
    Il se fixe, à partir du IIème s. av JC., dans la zone actuelle de La Rioja, sa límite géographique d'expansion étant la sierra de Cantabrie au nord , à l'est, le territoire des Vascons commençant près de l'actuelle Calahorra, à l'ouest partant du Tirón, début du territoire austrigon, jusqu'à un peu au delà de la sierra de la Demanda et, au sud, le nord de l'actuelle provincia de Soria où commençait celui des Pelendons. Les principales localités furent Vareia, leur capitale, sise près de Logroño, Libia, aujourd'hui Herramélluri ou Leiva, Tritium devenu Tricio, Kalakoricos, situé à Calahorra et Bilibium, plus tard Bilibio, près des Conchas de Haro, limite des provinces de Burgos, Álava et de La Rioja. Les sources classiques font référence à sa présence au Ier s av. JC comme étant une communauté sédentaire (Strabón). Ils ont peut être développé une culture de transhumance du quatrième siècle av. JC jusqu'à leur implantation définitive.
     Tite-Live mentionne qu'ils sont adversaires de Sertorius vers 76 av. JC., qu'il les battit mais prit ensuite le parti des peuples celtes, s'opposant à Rome et son sénat. Les Romains avaient sérieusement désorganisé et dépeuplé la région voisine des Arévaques et des Belles lors de leur campagne de 153 à 133 av. JC., terminée par la prise de Numance. Metellus, envoyé par le sénat, et Pompée, accouru en renfort, vont échouer dans un premier temps réduire Sertorius, la prise de la ville berone de Kalakoricos, qu'il défend en personne, se soldant par un échec. Ayant les Vascons pour alliés, par une campagne de conquêtes en Celtibérie, Pompée l'obligera à se replier dans le bassin de l'Èbre, entre Osca, Ilerda et Kalakorikos, sans pouvoir le vaincre. La guerre va trouver une issue rapide après l'assassinat de Sertorius par Perpenna Veiento, son subordonné, en 72 av. JC. Pompée, après avoir battu Perpenna, prit Kalakoricos, passa les Bérons au fil de l'épée, vendant comme esclaves les rares survivants, attribuant les terres bérones aux Vascons ainsi que  la ville, rebaptisée Calagurris. Ces derniers vont combler, par leur implantation, les vides causés par le ravage des deux zones. Osca fut épargnée, s'étant soumise, et gardera une population dont le parler évoluera vers l'aragonais. La leçon, bien comprise par les Vascons, les incitera à renouveler ce procédé lors des guerres cantabriques.

Les visées perturbatrices

Le cas de Nicolas Marr

    Nicolas Marr a été un universitaire reconnu par le régime soviétique jusqu'en 1950, époque où ses idées seront proclamées sans valeur par un Géorgien (იოსებ ბესარიონის ძე ჯუღაშვილი) du nom de Iosif Vissarionovitch Djougachvili (Иосиф Виссарионович Джугашвили), surnommé Staline, "petit père des peuples", et possédant, jusqu'en 1953, le cerveau le plus clairvoyant et, surtout, le plus indiscutable de toute l'U.R.S.S., en charge non seulement de la science mais aussi de l'avenir et donc de la politique extérieure et intérieure de ses pays.
             Jusqu'à l'époque de cet oukase, quelques contorsions formelles apportaient un angle marxiste à ces idées. Affirmer que les mêmes classes sociales, dans des pays tout à fait différents, parlant des versions de leur propre langage, étaient plus proches les unes des autres, sur le plan linguistique, que le langage utilisé couramment par d'autres classes sociales ressemblait bien au "prolétaires de tous les pays unissez vous". Bien sûr, les Hilotes spartiates, les Clarotes crétois ou les Pénestes de Thessalie, soumis, parlaient une langue différente de leurs dominateurs, mais, tout comme les Doriens et Ioniens, tous ont fini par parler grec.
    La fin de l'histoire? L'interprétation des faits peut être fausse ou seulement partiellement fausse, ou fausse mais juste dans des cas limite, comme celui du cheval de Galilée, dont la vitesse est juste si la péniche sur laquelle il avance est à l'arrêt.
    Son hypothèse sur la fusion des langues modernes en un langage commun dans une société communiste allait dans le sens de la cohésion des républiques de l'union, surtout jusqu'en 1941, où le caractère indo-européen des slaves ne pouvait que conforter l'amitié avec l'ami germain, en amoindrissant son complexe de supériorité. La volonté de Staline de mêler les peuples de son empire, par des transferts massifs de populations, particulièrement dans la zone caucasienne où il crée des enclaves, redessine les frontières, pèsera peu face à la menace que constitue la mise en place de la guerre froide.
    L'Espagne, pays amical en 1936, resté neutre diplomatiquement jusqu'en 1945, bascule dans le camp américain, Israël, créé, tisse rapidement des liens avec le camp occidental, la Yougoslavie titiste devient un électron libre, la Turquie passe sous l'égide de l'O.T.A.N. Les liens, fussent ils préhistoriques, de l'U.R.S.S avec ces pays doivent s'amoindrir, voire disparaître. Hors Marr, tout comme Karst, prônait la présence d'Ibères euscariques en Ibérie, dans la zone caucasienne et dans le nord de l'Europe, pays des Hyperboréens grecs, pour la branche asqénaz dont seraient issus les Sicanes-ascaniens, en Scandinavie. Dans une vague ultérieure, ces populations euscariques se seraient répandues au nord de la Méditerranée, donc dans les Balkans.
    Le complot "des blouses blanches", les campagnes antititistes, l'aide aux antifranquistes furent la partie la plus visible et immédiate de ce revirement, mais on ne peut pas ne pas penser qu'il a peut être été le motif de la mise au rancart de leurs idées dans le monde communiste de l'époque. Une même communauté d'origine pour les caucasiens, dont celle personnelle de Staline, les Ashkénaz, les Albanais yougoslaves et les Basques espagnols devient donc forcément une idée fausse et sans intérêt.
    Marr, en bon apparatchik soviéticus, clama ce que voulait le maître... pour l'avenir, tout en travaillant avec sérieux et rigueur sur le passé, centre d'intérêt de sa curiosité. C'est bien cette partie la plus intéressante, il serait dommage de ne pas en tenir compte. 


Le cas de Josef Karst

    Sans revenir sur sa condamnation sans appel par Antoine Meillet, traitée largement par Vahan Sarkisian, notons toutefois la publication de "Alarodiens et proto-basques..." à Vienne, en 1928, mais en français, ce qui est curieux de la part d'un professeur de l'université de Strasbourg, devenu français, depuis le traité de Versailles. Le barrage éditorial qui a pu avoir lieu à cause de l'autorité idéologique de Meillet ne semble pas suffisant pour expliquer cette bizarrerie. Karst avait peut être plus de liens avec le monde germanique, donc plus de facilités pour mener à bien cette publication en Autriche, mais pourquoi, alors, ne pas la faire en Allemand comme il l'a fait pour d'autres ouvrages? C'est bien par choix qu'il choisit la langue, non pour attaquer une prébende, ce qui était probablement insignifiant pour lui, mais pour rendre service à la linguistique du pays à promouvoir, mal engagée, selon lui, sur la question traitée, les Alsaciens étant, en majorité, à cette période historique, comme depuis longtemps, ...alsaciens. Aurait-il heurté des glorioles nationalistes faisant penser que la science des vaincus ne valait pas celle des vainqueurs?
    Il est piquant de constater qu'à la même période "Die Entstehung der Kontinente und Ozeane" (1915), œuvre majeure d'Alfred Wegener, où il expose sa théorie de la dérive des continents, semble avoir connu le même sort, peut être pour des raisons voisines, jusqu'en 1956, date de la découverte de la dorsale atlantique.
    Un sommaire de ses idées se trouve dans son "Essai sur l'origine des Basques, Ibères et peuples apparentés"


Le cas de Arthur de Gobineau

Le lien ci dessus permet de retrouver le texte suivant, à la note 43 de l'article de Wikipédia (01/2013), sur l'auteur:
La volonté de réhabiliter Gobineau est venue après-guerre d'écrivains, comme Jean Mistler puis Jean Gaulmier, qui coordonna l'édition de ses Œuvres complètes à la Bibliothèque de la Pléiade. Poursuivie par Jean Boissel, elle consiste d'une part à vanter ses qualités littéraires et d'autre part à prétendre « tantôt qu’il ne fut pas raciste, tantôt qu’il ne le fut pas plus que ses contemporains » et que sa mauvaise réputation est due à une mauvaise interprétation de ses thèses. Elle insiste notamment sur l'absence totale d'antisémitisme dont fait montre l'écrivain dans son œuvre.
L'historien du racisme Christian Delacampagne émet quant à lui de « sérieuses réserves » quant à cette approche. Elle minore selon lui le fait que Gobineau est le premier auteur de cette importance dont le racisme constitue le centre de gravité de la pensée et qui consacrera « la pièce majeure de sa production à l’exposé d’une théorie raciste ». Sur la même ligne, le philosophe Jean-Paul Thomas estime pour sa part que le « le racisme de Gobineau est éclatant, manifeste et central » et Pierre-André Taguieff qu'il apporta une « contribution décisive au racisme biologique » et à la construction du mythe aryen. Léon Poliakov, commentant un ouvrage de Jean Boissel, l'un des principaux défenseurs de Gobineau, juge enfin que la « détestable gloire posthume » de Gobineau n'est pas « entièrement imméritée ».

    Il serait temps de considérer des productions qui se sont déroulées il y à plus de 150 ans comme des données historiques et non plus comme des opinions auxquelles on doit adhérer ou s'opposer. Il en est ainsi de la théorie des quatre éléments, de l'alchimie, de l'astronomie pré-Képlerienne,  des travaux de Darwin mais aussi de la bible, de la controverse de Valladolid, (dont le racisme constitue le centre de gravité de la question traitée, puisqu'on se demande quelle race n'a pas d'âme) et des écrits de Gobineau. Ceux qui nous ont précédé n'ont pu appréhender le monde qu'avec les outils mentaux de leurs connaissances appliqués à leurs observations extérieures ou mentales.
    1830, prise d'Alger, 1839, traité Bouët-Willaumez-Rapontchombo au Gabon, 1841 début de la colonisation de la Nouvelle-Calédonnie, 1848, le Sénégal entre dans l'empire français naissant en Afrique, 27 avril 1848, décret de l'abolition définitive de l'esclavage, voilà les évènements qui ont marqué sa jeunesse, époque de l'occident colonialiste en expansion dans sa première révolution industrielle. Tout comme Darwin il ne dispose que de son...intuition, alimentée il est vrai par les récits des explorateurs ou leurs communications aux sociétés savantes et de ses propres observations de voyage. Il peut s'appuyer sur les travaux de Wilhelm von Humboldt, mais les connaissances sur la préhistoire sont encore plus que minces de son temps.  
    L' "Essai sur l'inégalité des races" est publié en 1855. Il est donc antérieur à l'ouvrage "Sur l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie", titre d'habitude raccourci sous la forme "L'Origine des espèces", de Charles Darwin date de 1859, et à "La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe", publié en 1871.
Ceux qui prendront la peine de lire son "Essai" pourront se rendre compte, que les races ne sont qu'un moyen d'investigation et de compréhension pour Gobineau mais que l'objet de son ouvrage est l'origine de l'espèce humaine et un essai pour remonter le plus possible dans son passé. Alors pourquoi ne l'a-t-il pas intitulé "Origine des peuples" ou "Histoire du monothéisme"? Probablement pour les mêmes raisons que Darwin. Il savait fort bien qu'il s'attaquait à l'idéologie dominante de l'époque et a donc édulcoré le titre en mettant en lumière le moyen, pour publier plus facilement l'ouvrage corrosif. Notons que si Darwin utilise le même stratagème en sous-titrant son premier ouvrage par " Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie", c'est parce que le mot "race" n'est pas porteur de polémique sous le Second Empire ou l'Angleterre victorienne, contrairement à une mise en cause des dates de la Genèse, mosaïque ou pas, et de l'histoire que la bible des livres rend comme "l'Histoire". Le "E puro si muove" ne semble pas si loin, les contempteurs de Gobineau, sauf ceux fixés encore sur les idées religieuses de cette époque, devraient tenir compte de ces éléments.
    Son racisme, considéré de notre point de vue du XXIème siècle, n'est que le reflet de l'idéologie dominante de l'occident de l'époque, fort de sa réussite technique et scientifique. Bien des années après la guerre de sécession américaine commencée en 1861, des responsables réputés progressistes n'hésitent pas à déclarer qu'il est de la responsabilité des Européens d'éduquer les races inférieures. Ce qui est devenu un problème sensible au siècle dernier est une réalité comme allant de soi, même pour bien des abolitionnistes. Pour la plupart des occidentaux l'égalité de droits n'implique pas l'égalité de fait, les notions d'inné et d'acquis dans la construction de l'être humain n'ayant pas encore émergé dans les mentalités du siècle précédent.
    L'"Essai" peut toutefois heurter notre sensibilité moderne lorsque l'auteur utilise la notion de "beauté" des races, ce qui, pour nous, n'a rien de pertinent. Pour nous en convaincre il nous suffit de regarder les athlètes ou les podiums des défilés de mode; les Naomi Campbell ou les Carl Lewis ne semblent pas être perçus comme les plus laids de l'espèce. Son jugement, cependant, peut devenir intéressant, comme le reste de l'ouvrage, si l'historien moderne emploi une grille de lecture pour le traiter, s'il traduit par "que je ressens proche de la mienne", pour les races qu'il perçoit comme belles et "éloigné de la mienne" pour celles qu'il déclare comme ne l'étant pas.
    Une personne informée de la réalité du temps de l'auteur saura apprécier le caractère novateur de l'essai et le peu d'écart qu'il y a avec les travaux les plus récents sur la question, employant des moyens autrement plus importants pour y parvenir. Il est drôle de penser que la médecine d'abord, avec les groupes sanguins, puis la génétique avec les haplogroupes, aient établi une classification parmi les individus de l'espèce, que les linguistes l'aient fait pour leurs langues. Qu'a donc fait Gobineau de différent avec les moyens à sa disposition, sinon un tri lui permettant de construire une hypothèse historique.
    Une erreur manifeste mais intéressante. Selon lui la race jaune vient du continent américain. Nous avons suffisamment d'indices aujourd'hui pour penser que le peuplement s'est effectué en partant de l'Asie. Il n'empêche que son intuition le poussant à penser qu'il y avait une communauté d'origine des populations d'Asie orientale et d'Amérique a été complétée, mais non démentie.
    De même qu'un économiste, après avoir étudié les travaux de Marshall et de Keynes, peut tirer profit de la lecture de Marx, Ricardo et Smith pour, en s'enrichissant de l'histoire des idées, revenir à des notions délaissées ou trouver des dérives, un préhistorien ou un linguiste auraient tout intérêt à connaître la littérature des pères fondateurs du XIXème siècle.
    Quant au centre de la pensée de l'auteur, une lecture, même rapide (ce qui serait dommage) de ses "Pléïades" permettra à quiconque de se rendre compte de ce que vaut la pensée de l'historien cité dans l'article de Wikipédia.
    Téléchargement libre de l' "Essai" :  livres I à IV ,    livres V et VI

Plusieurs groupes, plusieurs époques

            Le point de départ du peuplement terrestre par l'homme actuel semble se situer au nord est de l'Afrique. Mais y a-t-il eu un seul départ? N'y a-t-il pas eu plusieurs scissions du groupe. Ont elles eu lieu à des époques différentes? Peut on tirer une tendance générale de l'observation de phénomènes historiques postérieurs?
            Il serait intéressant de comprendre pourquoi un groupe se scinde. Prenons quelques exemples historiques.
            Les Irlandais ont alimenté un exil vers l'Amérique du Nord à cause d'une famine due au mildiou de la pomme de terre en 1845-1848, mais le XVIIème siècle avait vu une forte émigration irlandaise de "volontaires" poussée vers la Barbade et les Antilles par les "plantations" anglaises. Conflits de pouvoir (fuite des comtes), de légalités, religieux, coutumiers et linguistiques sont à la fois l'objet et le décor de cette colonisation anglaise. Nous constatons un déséquilibre entre les possibilités de mobilisation financière des deux parties dont la plus forte est en pleine croissance économique , ce qui n'est pas sans ressembler aux conditions dans lesquelles se déroulent les conquêtes romaines après les guerres puniques. Nous y trouvons une volonté de reconnaissance et de participation à la vie des classes aisées de la part de personnes n'en faisant pas partie à leur naissance, mais "ayant réussi", qui met en place le système où le profit de la conquête faite entraîne la conquête suivante. Ne perdons pas de vue les invasions barbares du Vème siècle de l'occident romain et les colonisations antiques menées par les villes de Phocée ou de Tyr, les scissions dues a des expulsions comme les différentes diasporas juives (Palestine, Angleterre, France, Espagne et Portugal) ou arméniennes, tchétchènes (sous Staline), grecques (Izmir ou de Chypre), des départs volontaires comme celui des Puritains pour le nouveau monde, la quasi disparition des indiens d'Amérique du nord, la désertification de la zone saharienne ou la scission des peuples nord sibériens.
            Nous pouvons essayer de dégager quelques causes de scission de ces différents exemples:
                        - Un accroissement démographique
                        - Un changement climatique
                        - Un changement géologique
                        - Un épuisement d'une ressource nécessaire au groupe
                        - Une avancée technologique ou scientifique 
                        - Un changement de croyance
                        - Un transfert de population par une autre population pour exploiter un territoire
                        - Un regroupement, dans des aires géographiques séparées, des espaces inoccupés par un peuple conquérant
                        - Un profit économique
            Une scission peut combiner plusieurs de ces éléments. Le fait linguistique ne peut être mis dans les causes de scission d'un groupe, mais il peut être révélateur de ces causes, comme le montre le Serbo-croate. Ce n'est pas la langue (identique) de la partie latine ou cyrillique qui les sépare mais leur histoire et leurs croyances, en deux entités qui s'opposent. Il faut également distinguer la scission et le déplacement de la totalité du groupe devant une menace.
            Le premier groupe d'homme moderne à être séparé de son groupe de départ par un changement climatique est probablement celui des premiers occupants du continent australien il y a plus de 60000 ans. Etant parti d'Afrique à cause d'une importante croissance démographique et suivant les rives de l'océan indien, il sera séparé sur sa nouvelle implantation par la remontée du niveau des eaux maritimes, le reste du groupe se dirigeant vers le sud de la Chine. Un autre groupe, plus tardif, venu aussi d'Afrique, passera par l'actuelle Géorgie. Il implique plus de questions que le précédent.
            Il a probablement peuplé la région du Caucase, puis, après un accroissement démographique, peuplé l'ensemble de l'ouest européen jusqu'à l'Ukraine, la Biélorussie et la Scandinavie. C'étaient des chasseurs-cueilleurs vivant en groupes d'au plus une cinquantaine d'individus, mobiles et couvrant un territoire étendu. Leur langue, de type bascoïde-finnoise est orientée vers leur vie pratique et n'est pas encore adaptée pour exprimer l'abstraction. Il n'est pas exclu que des gens du groupe le plus nordique se soient répandus sur l'ensemble de l'Asie du nord, créant un substrat où viendront s'amalgamer d'autres groupes pour engendrer des peuples comme ceux des Evènes ou des Nénetz. Ils arrivent en Europe il y a 35000 ans et sont du type Cro-magnon.
            Reste, pour l'Eurasie, le groupe des indoeuropéens s'installant à l'est de la mer Caspienne. Leurs restes semblent remonter à une période à peu près similaire à celle du groupe caucasien. Sont ils originaires du même groupe africain que les caucasiens? Nous avons trop peu d'éléments pour nous prononcer dans un sens. Leurs langues "filles" sont très différentes de la plupart des langues africaines. Etait-elle proche de celle des Caucasiens? Ce qui est certain c'est que leur évolution pendant près de 25000 ans va être différente, qu'ils vont adopter des techniques de chasse différentes et qu'il vont avoir une période pastorale plus précoce et plus longue que celle du groupe occidental. Le troc cheptel contre objet peut se mettre en place, avec une multiplication des lieux d'échange induisant une vie collective plus intense. Ces lieux de commerce sont aussi des lieux d'observation, d'échange et de comparaison des cultures et des langages. Ils vont permettre aussi l'émergence d'individus plus habiles que les autres qui vont prendre un ascendant sur leurs congénères en leur expliquant les forces obscures ou comment s'organiser pour se défendre ou prendre à d'autres de gras pâturages. Il va de soi que ce type d'exercice est de nature à faire évoluer la langue utilisée, la rendre plus apte à exprimer des idées compliquées puis abstraites. Mais ce sont les marchands qui ont dû une unité linguistique aux parlers de la zone. C'est peut être pendant cette période que des groupes de proto-indoeuropéens vont se séparer de ce groupe pour rejoindre les groupes finnois du nord. Les deux parlers, encore miscibles, pourront évoluer vers les langues sibériennes, proches encore de celles des occupants originels. Leurs locuteurs seront séparés par les poussées slaves et mongoles au néolithique et dans la période historique. A la fin de la période nous avons des traces d'une vie urbaine importante régissant la contrée l'entourant. C'est presque la définition du royaume, dans la haute antiquité. L'organisation typique des sociétés indoeuropéennes est prête à voir le jour.

Les visées perturbatrices


Réticences françaises

    Le sort du pays basque français s'était fixé, sous l'ancien régime, par la politique menée par Louis XIV. La population sera saignée financièrement par la course aux rachats des droits de la noblesse et sa volonté de ne "garder pour maître que le roi".
    Le régime républicain sera autrement plus dangereux pour la spécificité basque avec son égalitarisme de l'hérédité. Les parents, ne pouvant plus "faire les aînés", seront obligés, avec l'enfant choisi pour tenir le rôle et son conjoint, de dédommager les autres héritiers. L'équilibre ancestral se verra dès lors moins assuré. Entamer une lutte culturelle et linguistique telle que celle pratiquée en Alsace pour garder la "République Une et Indivisible"aura moins de raison d'être. Les conseils municipaux vont permettre une démocratie dans les communes où pourront subsister, tant que les structures rurales resterons vivaces, les us régissant les biens communs et les coutumes qui les accompagnent, l'unification avec le reste du pays se faisant en douceur, au fur et à mesure de la diminution de leur importance dans les activités de l'Iparalde.
    Le regard porté sur celui-ci par le reste de la nation a été de deux ordres:
    Lors de l'établissement de l'épopée nationale, suivant la tradition franque de la "Chanson de Roland", défait à Roncevaux non par les Basques de Pampelune mais par des Sarrasins, le Pays basque a été ignoré, aussi bien par des auteurs comme Michelet ou dans des ouvrages comme ceux de Malet et Isaac.
    Les conquêtes Nord-africaines n'ont pas influencé favorablement les idées ni les études allant dans le sens de relations avec ce continent. Les relations difficiles issues de la décolonisation n'ont pas beaucoup aidé un changement de point de vue. C'est bien dommage pour une explication, fondée sur les restes, tant matériels que linguistiques, des ressemblances constatées. Chauvinisme méprisant, voire racisme inconscient... ou pas, ne sauraient être le fait de spécialistes distingués comme ce fut le cas de certains, dans les années 1930-1945, qui suggéraient l'arrivée des Basques dans les porte-bagages des peuples indoeuropéens.

Réticences espagnoles

    Au début du XXème siècle l'Espagne est traumatisée par la guerre du Rif. Pour la droite, le lustre qu'elle aurait pu reprendre, après le traité de Paris qui clôt son histoire coloniale latino-américaine, lui est refusé par le désastre d'Annual puis l'appui de la France et sa réussite dans l'entreprise où elle a échoué. Dans la gauche et la majorité des "quintos" (conscrits), une culpabilité s'installe, due à ses atrocités, mais aussi au caractère libérateur et moderniste de la mise en place par d'Abd el Krim de la "République du Rif", refusant les protectorats. Avec la guerre civile (1936-1939), la droite va accentuer son mépris colonialiste mais employer des supplétifs marocains dans le "tercio" (la légion) qui vont se distinguer par les exactions commises, pendant et après les combats. Ces comportements vont renverser les sympathies de la gauche envers eux. Il n'est dès lors pas très étonnant que les liens avec l'ancienne Lixos et la région du Souss ne soient pas vus avec beaucoup de bienveillance et qu'ils aient pu, parfois, être négligés ou rejetés malgré l'évidence.
    La piste caucasienne, pour des raisons inversement identiques à celle de Staline, sera rejetée par le régime franquiste et sera donc non seulement difficile à défendre, mais susceptible de subir une autocensure de la part de ceux qui s'intéressent à ce sujet.

Tentations "portugaises" et "libyennes"

    Certains vulgarisateurs "lusitaniens" sembleraient tentés de nier l'ibérisme de l'ensemble de la péninsule, au profit du celtisme, en s'appuyant sur les restes mégalithiques du Pays basque, antérieurs à l'arrivée des Vascons (ceux cités par les latins et Hérodote) sur ce territoire, par une sélection orientée de la toponymie, par l'"oubli" de faits historiques recoupés dans les textes comme le génocide des Vérons et des Caristes. Serait-ce une volonté de donner une touche plus indoeuropéenne à cette zone? Cette tentative semble l'opposée de celles des Libyens dont certains sites nous affirment que l'empire des Garamantes est le point de départ d'où l'homme africain moderne est parti peupler le reste de la planète.
 
    Depuis les années 80, marquées par une renaissance dans l'utilisation du basque, l'avenir de la zone est l'objet de forces centrifuges et centripètes qui pourraient lui imposer, à terme, un horizon soit plus national, soit plus mondial. Un choix pourrait se présenter tel celui offert jadis aux marins passant par le détroit de Messine et aussi dangereux que le voyage d'Ulysse. Qu'il entraîne la disparition ou la pérennisation de leur culture, ils nous auront légué, par la transmission de leur langue, un formidable outil d'investigation de notre passé.
                                                                                                                                                                           Esker, lagunak!